# SCHOPENHAUER - Pourquoi aimons-nous nos enfants ?

https://www.youtube.com/watch?v=1EBbbY0Vj7k

[00:03] Bonjour à tous.
[00:05] Pourquoi aimons-nous nos enfants ?
[00:08] Première réponse, parce que ce sont nos
[00:11] enfants. Une réponse qui n'en est pas
[00:13] vraiment une. Deuxième réponse, parce
[00:16] que nous sommes programmés pour les
[00:19] aimer. Ah, déjà plus intéressant.
[00:23] Et ça tombe bien parce que ben c'est la
[00:26] réponse que donne Schopenhauer
[00:28] et on va voir ce qu'il voulait dire par
[00:30] là.
[00:32] Alors d'abord, on va quand même tenir
[00:34] compte d'une possible objection qui est
[00:37] de dire que tous les parents n'aiment
[00:40] pas leurs enfants. C'est vrai, il y a
[00:43] des parents qui maltraitent leurs
[00:45] enfants, qui les violent, qui les
[00:49] néglige, qui leur font du mal.
[00:52] Est-ce qu'on peut aimer ces enfants tout
[00:55] en leur faisant du mal ? Ça paraît
[00:57] compliqué.
[00:59] On parle de l'instinct maternel.
[01:02] C'est très bien l'instinct maternel.
[01:04] Mais sauf qu'il y a des mères qui tuent
[01:07] leurs enfants, comme il dit à des pères
[01:09] qui abusent de leurs filles ou de leur
[01:12] fils. Est-ce que ces parents ont un
[01:15] instinct parental ? on peut légitimement
[01:18] en douter.
[01:21] Alors, si vous le voulez bien, on va
[01:23] mettre de côté ce genre de cas. Le cas
[01:25] des parents qui n'aiment pas leurs
[01:27] enfants ou en tout cas qui ont une
[01:29] manière très étrange de le montrer. On
[01:32] va plutôt se concentrer sur le cas de la
[01:35] majorité.
[01:36] L'immense majorité des parents aime
[01:38] leurs enfants. On peut même dire qu'il
[01:41] les aiment par-dessus tout. par-dessus
[01:44] tout au double sens du terme,
[01:47] c'est-à-dire plus que tout, plus que
[01:50] n'importe qui d'autre, plus que leur
[01:53] conjoint, plus que même et par-dessus
[01:57] tout au sens de quoi qu'il fasse, ce
[02:00] qu'on appelle l'amour inconditionnel.
[02:03] L'amour inconditionnel, c'est ce qui
[02:06] fait que si votre enfant fait quelque
[02:09] chose de mal, vous aurez beau être
[02:11] contrarié, vous aurez beau être en
[02:14] colère contre lui, vous l'aimerez quand
[02:17] même. J'allais dire malgré tout et
[02:21] malgré vous.
[02:22] C'est comme ça l'amour inconditionnel,
[02:25] c'est ce qui fait que si votre enfant
[02:28] commet un crime, vous aurez beau savoir
[02:31] qu'il est coupable, vous aurez beau
[02:33] condamner son crime, être horrifié par
[02:36] son crime, ça reste votre enfant, donc
[02:40] vous l'aimez.
[02:42] Par amour pour son enfant, on peut
[02:45] prendre sa défense, y compris lorsqu'il
[02:47] a commis l'impardonnable.
[02:50] Le mai
[02:52] un homme a été invité dans l'émission
[02:54] Légende pour raconter comment son fils a
[02:58] violé et tué une adolescente de 17 ans.
[03:03] Et ce père se trouvait dans la position
[03:05] parfaitement intenable qui consistait à
[03:08] la fois à condamner son fils et à
[03:11] vouloir le défendre.
[03:14] Pas l'excuser, pas justifier son acte,
[03:18] simplement le défendre.
[03:21] Autant qu'un père peut vouloir défendre
[03:23] son enfant, quoi qu'il ait fait, avec
[03:27] des arguments qui feraient bondir de
[03:29] colère n'importe qui. À commencé par la
[03:32] famille de la victime.
[03:34] Mon fils était malade. Il avait des
[03:37] troubles psychiatriques.
[03:39] Il a été mal suivi, il était mineur.
[03:44] Évidemment que c'est choquant d'entendre
[03:46] ce genre d'argument.
[03:48] Oui, mais sauf que quand il s'agit de
[03:50] notre enfant, on n'est pas objectif.
[03:54] On ne peut pas être objectif.
[03:57] Que dire d'autre sinon mon fils a commis
[04:00] l'impardonnable,
[04:02] mais je l'aime [raclement de gorge]
[04:03] parce que c'est mon fils.
[04:06] Alors, je vous rassure, on ne va pas
[04:08] rester dans ce registre quelque peu
[04:10] morbide. J'ai pris cet exemple parce que
[04:14] bah c'est l'exemple auquel on pense tous
[04:15] quand il s'agit d'illustrer à quel point
[04:17] on aime nos enfants et jusqu'à quel
[04:20] point on est prêt à tout faire pour eux.
[04:23] La question qui va nous intéresser
[04:25] aujourd'hui, c'est celle de savoir d'où
[04:28] vient cet amour, d'où vient le fait
[04:31] qu'on aime ces enfants d'un amour
[04:33] inconditionnel ? Parce que c'est pas
[04:36] pareil de parler de l'amour qu'on a pour
[04:38] son conjoint ou pour ses amis.
[04:41] ou même pour son prochain et de parler
[04:44] de l'amour qu'on a pour ses enfants. On
[04:47] est sur un autre type d'amour.
[04:51] C'est l'une des limites du mot amour en
[04:53] français. On peut parler d'amour dans
[04:55] des sens différents et c'est là où les
[04:58] Grecs étaient beaucoup plus précis que
[05:00] nous puisque les Grecs faisaient la
[05:02] différence entre plusieurs types
[05:04] d'amour.
[05:05] L'amour héros qu'on pourrait traduire
[05:08] par l'amour passion.
[05:11] l'amour filia qu'on pourrait traduire
[05:14] par l'amour amitié
[05:17] et l'amour storgé, l'amour filial.
[05:21] C'est de cet amour filial qu'il va être
[05:23] question dans cet épisode. Et une fois
[05:26] admis que l'amour filial représente la
[05:29] forme la plus puissante d'amour, on va
[05:33] s'appuyer sur Schopenhauer pour essayer
[05:35] de comprendre pourquoi.
[05:39] Donc que disait Schopenhauer ? Et bien,
[05:41] il disait que aimer son enfant plus que
[05:44] tout au monde, c'est parfaitement
[05:46] normal,
[05:48] c'est parfaitement naturel.
[05:51] Et ce n'est pas pour rien que j'emploie
[05:53] ce mot.
[05:54] C'est parfaitement naturel parce que la
[05:56] nature, la nature au sens le plus large
[05:59] du terme, la nature a programmé l'être
[06:03] humain à aimer ses enfants pour une
[06:06] raison très simple qui est que notre
[06:09] enfant est un prolongement de nous-même.
[06:14] Vous n'êtes pas sans savoir que lorsque
[06:16] vous avez un enfant avec quelqu'un, cet
[06:18] enfant possède 50 % de vos gênes.
[06:22] Donc cet enfant qui vient au monde,
[06:24] c'est la moitié de vous.
[06:27] C'est vous en miniature.
[06:31] Ce que nous dit Chopenhower,
[06:33] c'est que avoir un enfant, c'est se
[06:36] perpétuer au-delà des limites de sa
[06:39] mort.
[06:41] C'est donner naissance à une partie de
[06:43] nous qui vivra après nous si on s'en
[06:48] tient à l'ordre naturel des choses.
[06:51] L'ordre naturel, c'est-à-dire le fait
[06:53] que les générations se succèdent et que
[06:56] donc ceux qui naissent après nous sont
[06:59] théoriquement voués à mourir après nous.
[07:03] Théoriquement,
[07:05] perdre un parent, c'est naturel.
[07:08] Perdre un enfant, c'est pas naturel.
[07:12] Donc l'enfant est un prolongement de
[07:14] nous-même, un prolongement biologique de
[07:18] nous-même.
[07:18] [raclement de gorge][grognement]
[07:20] Et donc ce que nous dit Schopenhower,
[07:22] c'est que si on aime ses enfants
[07:24] par-dessus tout, c'est pour cette
[07:27] raison.
[07:28] C'est parce que nous nous aimons.
[07:32] Nous nous aimons à travers eux.
[07:35] Et alors, j'entends d'ici l'objection
[07:38] qui consiste à dire tout le monde ne
[07:40] s'aime pas. Et c'est vrai, mais sauf que
[07:45] tout le monde s'aime suffisamment pour
[07:48] vouloir rester en vie.
[07:50] C'est en ce sens qu'il faut entendre
[07:52] l'idée selon laquelle nous aimons. Nous
[07:55] nous aimons au sens où nous tenons à
[07:58] notre vie, au sens où nous sommes animés
[08:01] par ce que Schopenhaer appelle un
[08:03] vouloir vivre. on va y revenir.
[08:07] Et donc l'amour de soi, ben ce n'est
[08:09] rien d'autre que l'amour de notre propre
[08:12] vie,
[08:13] notre attachement à notre vie.
[08:17] D'ailleurs, c'est exactement la même
[08:18] idée qu'on retrouve chez Rousseau.
[08:20] Rousseau qui distinguait entre l'amour
[08:22] de soi et l'amour propre. Et qu'est-ce
[08:25] que c'est l'amour de soi ? Et bien,
[08:28] c'est l'autre nom de l'instinct de
[08:30] conservation.
[08:32] cet instinct de conservation qui fait
[08:34] par exemple que si on vous étrangle,
[08:37] vous allez tout faire pour chercher de
[08:39] l'oxygène.
[08:41] Si vous avez faim, vous allez tout faire
[08:44] pour trouver à manger.
[08:47] L'instinct de conservation, c'est ce qui
[08:49] est à la base de toutes les stratégies
[08:51] de survie.
[08:53] Vous êtes face à un prédateur. Trois
[08:56] stratégies de survie. La fuite, le
[08:59] combat ou l'immobilité,
[09:02] ce qu'on appelle communément faire le
[09:04] mort.
[09:06] Faire le mort précisément pour ne pas
[09:08] mourir, pour sauver sa peau. Donc dans
[09:12] tous les cas, on cherche à survivre.
[09:15] L'amour de soi, c'est vouloir survivre.
[09:20] Et si vous trouvez que l'expression
[09:22] amour de soi véhicule l'idée d'égoïsme,
[09:27] oui, absolument.
[09:30] L'amour de soi, c'est de l'égoïse.
[09:33] Mais au même titre que vouloir rester en
[09:35] vie, bah c'est aussi de l'égoïsme,
[09:39] mais c'est de l'égoïsme nécessaire.
[09:42] C'est de l'égoïsme dont il n'y a pas à
[09:44] avoir honte.
[09:46] C'est égoïste de vivre.
[09:48] On prend de l'espace aux autres, on leur
[09:51] prend de l'oxygène,
[09:53] des ressources.
[09:55] Vivre, c'est prendre de la vie mais sauf
[09:59] qu'on a pas le choix.
[10:02] Donc l'être humain désire rester en vie.
[10:05] Il est animé par l'instinct de
[10:07] conservation.
[10:09] L'ennui, ben c'est que l'être humain est
[10:12] un être mortel.
[10:14] Autrement dit, l'instinct de
[10:15] conservation a ses limites.
[10:18] Les limites du vieillissement, les
[10:21] limites de la maladie. Bref, si vous
[10:24] préférez, on ne survit pas
[10:26] éternellement.
[10:28] C'est la raison pour laquelle on se
[10:30] reproduit.
[10:31] Avoir des enfants nous dit Chopenhauer,
[10:34] c'est repousser d'une génération le
[10:38] moment de notre disparition,
[10:40] de notre disparition biologique,
[10:44] génétique.
[10:45] Parce que oui, on va tous mourir, mais à
[10:49] travers notre enfant, notre être
[10:52] biologique se perpétue.
[10:55] On meurt mais une partie de nous survit.
[11:00] Et c'est là qu'il faut comprendre le
[11:02] passage de l'instinct de conservation à
[11:05] l'instinct de reproduction.
[11:07] Pour un organisme dont l'existence est
[11:10] limité dans le temps, pour un organisme
[11:13] mortel et c'est le propre de tout
[11:16] organisme d'être mortel. Un vivant,
[11:19] c'est un mourant.
[11:21] Pour un organisme dont l'existence est
[11:23] limitée dans le temps, l'instinct de
[11:26] reproduction vient au secours de
[11:29] l'instinct de conservation.
[11:31] Ça veut dire quoi ? Ben, ça veut dire
[11:33] que du point de vue de la perpétuation
[11:35] de la vie, la conservation et la
[11:38] reproduction, c'est la même chose.
[11:42] C'est la même chose parce que c'est la
[11:44] même force.
[11:46] C'est la force du vouloir vivre en tant
[11:50] qu'il se manifeste à travers des
[11:52] individus à l'espérance de vie limitée.
[11:57] On m'a posé la question un jour, on m'a
[11:58] dit "Charles, est-ce que ce n'est pas
[12:01] irresponsable
[12:03] d'avoir des enfants dans un monde qui va
[12:06] mal ?" Et ma réponse a été de dire,
[12:10] est-ce que le monde allait bien en 1940
[12:14] quand nos grands-parents étaient sous
[12:16] l'occupation ? Est-ce que le monde va
[12:19] bien aujourd'hui en Palestine ?
[12:23] Est-ce que le monde allait bien au
[12:24] Moyen-âge
[12:26] quand un enfant sur deux mourait avant
[12:29] l'âge de 10 ans ? Qu'est-ce que c'est
[12:31] que cette histoire ? On ne fait pas des
[12:34] enfants parce que le monde va bien. On
[12:37] fait des enfants parce qu'on est vivant
[12:41] et que c'est le propre du vivant de
[12:43] chercher à se perpétuer
[12:45] envers et contre tout.
[12:48] Donc instinct de conservation et
[12:50] instinct de reproduction.
[12:53] Deux modalités de l'instinct de
[12:55] perpétuation.
[12:57] Se reproduire, c'est se perpétuer quand
[13:01] on ne peut plus se conserver.
[13:05] Donc si on devait résumer de manière un
[13:07] peu brutale la position de Chopenhower,
[13:11] c'est que si on aime nos enfants, c'est
[13:14] par égoïsme,
[13:16] c'est parce qu'ils sont une extension
[13:19] biologique de nous-même.
[13:22] Et ce qu'il est très important de
[13:23] comprendre, c'est que cette extension
[13:26] biologique n'a pas besoin d'être
[13:28] consciente.
[13:30] Je veux dire par là, quand on aime son
[13:32] enfant, on ne se dit pas que c'est parce
[13:35] qu'il est une extension de nous-même.
[13:37] Alors oui, le fait que notre enfant nous
[13:40] ressemble, qu' nous ressemble
[13:42] physiquement,
[13:44] forcément ça facilite la projection en
[13:46] lui. D'ailleurs, il y a des études qui
[13:49] ont montré que plus un père
[13:51] reconnaissait chez son enfant ses
[13:53] propres traits, autrement dit, plus
[13:56] l'enfant ressemblait au père, plus le
[13:59] père avait tendance à s'en occuper et à
[14:02] prendre soin de lui. Ce qui est logique
[14:05] puisque par définition, le père, c'est
[14:09] celui dont la paternité est incertaine.
[14:13] Alors que la mer, on sait que c'est la
[14:15] mer.
[14:17] On peut pas en douter.
[14:19] Donc en résumé, si nous aimons nos
[14:21] enfants, c'est parce que nos enfants
[14:25] sont le moyen inconscient de notre
[14:28] propre perpétuation.
[14:31] Quand on parle d'instinct de
[14:33] reproduction ou quand on dit que la
[14:36] reproduction est un besoin des êtres
[14:38] vivants, certains rétorquent que la
[14:41] reproduction n'est pas un besoin.
[14:44] La preuve, il y a des gens qui n'ont pas
[14:46] d'enfants.
[14:48] Donc OK pour l'instinct de conservation,
[14:50] tout individu cherche à survivre
[14:53] mais tout individu n'a pas un besoin de
[14:57] se reproduire.
[14:59] Chopenhower répond à cette objection et
[15:02] ce qu'il nous dit c'est que l'individu
[15:06] n'est qu'un minuscule maillon de quelque
[15:09] chose de beaucoup plus vaste et de
[15:11] beaucoup plus signifiant que l'individu
[15:14] qui est l'espèce.
[15:17] L'individu n'est qu'une incarnation
[15:20] spécifique de son espèce.
[15:24] Or, si l'individu n'a pas au sens strict
[15:27] le besoin de se reproduire,
[15:29] l'espèce elle a le besoin de se
[15:32] reproduire.
[15:34] L'espèce a le besoin de se reproduire du
[15:36] simple fait que si elle ne se reproduit
[15:38] pas, elle disparaît.
[15:41] Donc certains individus n'aient pas
[15:43] d'enfant n'est pas un contreargument
[15:45] pour invalider la position de
[15:47] Chopenhower.
[15:48] Puisque la position de Chopenhower,
[15:50] c'est que les individus ne sont que les
[15:52] travailleurs de l'espèce.
[15:55] Ce n'est pas l'individu qui est au
[15:57] centre comme on a tendance à le penser
[16:00] dans nos sociétés modernes.
[16:02] C'est l'espèce.
[16:04] C'est le vouloir vivre de l'espèce.
[16:08] C'est ce que Schopenhauer appelle la
[16:10] volonté.
[16:13] La volonté, j'en ai déjà parlé sur cette
[16:15] chaîne, c'est cette force métaphysique
[16:19] aveugle, infini et sans but. Sans but,
[16:23] si ce n'est de se perpétuer
[16:25] indéfiniment,
[16:26] qui anime tout ce qui existe et qui,
[16:30] appliqué aux êtres vivants prend la
[16:33] forme du vouloir vivre.
[16:36] Lorsque nous cherchons à nous maintenir
[16:38] en vie, par exemple lorsque nous
[16:40] mangeons, lorsque nous buvons ou lorsque
[16:44] nous respirons,
[16:46] nous obéissons à la volonté.
[16:49] Et lorsque nous reproduisons, nous
[16:52] obéissons également à la volonté
[16:56] parce que nous perpétions cette force
[16:59] vitale qui nous anime.
[17:01] Et c'est là où on en revient aux
[17:03] enfants. Qu'est-ce qu'il faut pour avoir
[17:06] des enfants ? Bien, il faut une
[17:08] fécondation.
[17:10] Et pour qu'il y ait fécondation,
[17:13] il faut qu'il y ait acte sexuel.
[17:16] Or, que faut-il pour qu'il y ait acte
[17:19] sexuel ? Il faut qu'il y ait désir
[17:23] sexuel.
[17:25] Procréer sans érection, c'est compliqué.
[17:29] Et bien, si vous avez compris ça, vous
[17:31] avez compris ce qu'est la volonté.
[17:35] L'excitation sexuelle, Schopenhaer nous
[17:37] dit, c'est le subterfuge de la volonté
[17:42] pour vous pousser à vous reproduire.
[17:46] Donc pour vous pousser à la reproduire
[17:50] puisqu'en vous reproduisant, vous
[17:51] reproduisez la volonté.
[17:54] Vous perpétuez la volonté.
[17:57] Or c'est tout ce qu'elle veut la
[17:59] volonté.
[18:00] Se perpétuer.
[18:02] Se perpétuer à travers nous.
[18:05] Se perpétuer à travers tout ce qui vit,
[18:09] à travers tout ce qui est.
[18:13] Tout le monde ne désire pas avoir des
[18:15] enfants, mais tout le monde a en lui à
[18:20] une plus ou moins grande intensité un
[18:23] désir sexuel,
[18:25] une libido.
[18:27] Cette libido qui vous anime et qui pour
[18:30] certains même vous tyrannise,
[18:33] c'est la forme sensible de cette force
[18:37] métaphysique qui est la volonté.
[18:41] C'est cette force qui en vous disant
[18:43] reproduis-toi
[18:45] vous dit reproduis-moi.
[18:48] C'est pour ça que je disais les
[18:50] individus sont les travailleurs de la
[18:52] volonté.
[18:54] Nous travaillons pour la volonté à
[18:57] chaque fois que nous faisons quelque
[18:58] chose qui va dans le sens de la
[19:00] perpétuation de la vie. Quand nous nous
[19:03] maintenons en vie, nous préservons la
[19:06] volonté.
[19:08] Et quand nous reproduisons notre vie,
[19:11] nous renouvelons la volonté.
[19:15] Dans la Genèse, il est écrit croisser et
[19:19] multiplier.
[19:21] Commandement de Dieu.
[19:23] Schopenhauer nous dit non, commandement
[19:27] de la volonté
[19:30] parce que la volonté est la force
[19:33] métaphysique
[19:34] qui dirige le monde.
[19:39] et l'amour dans tout ça parce que quand
[19:42] on écoute Chopenhower, on a quand même
[19:44] un peu l'impression qu'il nous décrit
[19:46] comme des animaux.
[19:48] Instinct de conservation,
[19:50] instinct de reproduction, ça ira
[19:53] peut-être. On ne se réduit pas à ça.
[19:57] L'existence humaine ne se réduit pas à
[19:59] ça. Et bien si pour Schopenhower,
[20:04] l'homme est un animal comme les autres.
[20:08] ou plutôt c'est un animal qui a la
[20:11] faculté de se dissimuler à lui-même
[20:16] qu'il est un animal.
[20:18] L'homme a cet orgueil, ce complexe de
[20:21] supériorité
[20:23] qui fait qu'il est aveugle à son
[20:25] animalité et qu'il confond la forme
[20:28] spirituelle de l'animalité
[20:31] avec de la nonimalité.
[20:35] D'ailleurs, je le dis en passant, vous
[20:37] remarquerez que ce sont les mêmes qui
[20:39] disent que l'être humain est un animal
[20:42] qui ont le plus de mal à admettre que
[20:44] nous nous comportons comme des animaux.
[20:48] Mais enfin bref, tout ça pour dire
[20:49] qu'une objection qui est souvent faite à
[20:51] Chopenhower, c'est de dire l'amour ce
[20:55] n'est pas juste du désir sexuel.
[20:58] L'amour ce n'est pas juste de l'instinct
[21:00] de reproduction.
[21:02] Bien sûr que si. L'amour.
[21:05] Quand je dis l'amour, je parle ici de
[21:07] l'amource,
[21:09] de l'amour qu'on éprouve pour son
[21:11] partenaire. L'amour, nous dit
[21:14] Schopenhower,
[21:15] c'est le stratagème créé par la nature
[21:19] pour nous faire obéir, pour nous faire
[21:21] travailler à la perpétuation de
[21:23] l'espèce, tout en dissimulant ses
[21:27] véritables intentions.
[21:30] L'amour, c'est l'illusion métaphysique,
[21:34] ce que René Gérard aurait appelé le
[21:36] mensonge romantique
[21:38] qui fait que lorsqu'on se soumet à la
[21:41] volonté de l'espèce, lorsqu'on se soumet
[21:44] à l'impératif de perpétuation de la vie,
[21:48] on croit se soumettre à une simple
[21:51] passion individuelle.
[21:53] On croit aimer une personne pour ce
[21:55] qu'elle est, pour sa beauté, pour son
[21:59] âme, pour sa singularité.
[22:03] Pipo,
[22:04] on aime parce qu'on veut se reproduire.
[22:08] Et l'amour, ce n'est rien d'autre que la
[22:11] forme spirituelle
[22:13] que prend ce besoin éminemment matériel
[22:16] de se perpétuer et de perpétuer
[22:18] l'espèce.
[22:20] On aime celui ou celle. En qui on
[22:23] reconnaît le meilleur partenaire de
[22:26] reproduction.
[22:28] On aime celui ou celle en qui on
[22:30] reconnaît les meilleures chances
[22:32] d'optimisation de l'espèce.
[22:35] La beauté, c'est le vêtement de la
[22:38] fonctionnalité.
[22:41] La force, l'intelligence,
[22:43] le charme, ce sont les vêtements de
[22:46] l'optimisation biologique.
[22:49] Et l'amour, c'est l'illusion
[22:52] métaphysique
[22:54] destinée à nous faire oublier que nous
[22:57] sommes des travailleurs de l'espèce.
[23:00] Et de la même façon qu'une entreprise
[23:03] recrute des employés pour les faire
[23:05] travailler, la nature nous fait
[23:08] travailler et nous pousse à nous
[23:10] reproduire pour que nos enfants
[23:12] deviennent la prochaine génération de
[23:15] travailleurs.
[23:18] Nous aimons nos enfants.
[23:20] Pourquoi ? Parce que nous avons besoin
[23:24] de les aimer pour optimiser leur chance
[23:27] de survie.
[23:29] Autrement dit, pour optimiser notre
[23:33] propre survie,
[23:35] on ne vit pas pour aimer, on aime pour
[23:39] vivre.
[23:41] On aime pour que la vie continue.
[23:45] L'amour qu'on a pour ses enfants, c'est
[23:48] le déplacement de l'amour qu'on a pour
[23:51] soi.
[23:52] C'est le déplacement de notre instinct
[23:55] de conservation vers un instinct de
[23:58] reproduction qui n'est que la forme
[24:01] différée de notre vouloir vivre
[24:03] individuel.
[24:05] C'est pour ça que vouloir trouver des
[24:08] raisons rationnelles à l'amour qu'on a
[24:10] pour nos enfants, ça n'a pas de sens.
[24:14] Puisque le vouloir vivre est irrationnel
[24:17] par essence.
[24:18] Le vouloir vivre c'est une absurdité
[24:22] mais sauf que c'est cette absurdité qui
[24:24] nous conditionne.
[24:26] Et donc de la même façon que lorsque
[24:28] notre vie est en danger, on ne se pose
[24:30] pas la question de savoir est-ce que je
[24:32] mérite de vivre ? Est-ce que mon
[24:35] existence sur terre est pertinente,
[24:38] utile ? Non, on cherche à survivre.
[24:43] On fait tout pour survivre.
[24:47] La légitime défense, c'est-à-dire le
[24:50] fait de tuer pour sauver sa vie, le fait
[24:53] même que la légitime défense ne soit pas
[24:55] considérée comme un crime, c'est la
[24:58] matérialisation juridique de la
[25:00] reconnaissance de l'instinct de survie.
[25:03] Traduction.
[25:04] Il est normal, il est légitime par
[25:08] défaut de vouloir sauver sa vie, même si
[25:12] c'est au prix de la vie de l'autre.
[25:16] Et donc, de la même manière que notre
[25:18] amour de nous-même n'est pas quelque
[25:20] chose de rationnel, à moins de
[25:22] considérer comme rationnel tout ce qui
[25:24] nous fait persévérer dans l'être. au
[25:27] quel cas nous sommes les instruments
[25:29] rationnels de la volonté irrationnelle.
[25:32] Mais de la même manière qu'on a
[25:34] vis-à-vis de soi-même un amour qui est
[25:36] en réalité la version morale et
[25:38] sentimentale de notre instinct de
[25:40] survie, on a vis-à-vis de nos enfants un
[25:44] amour qui défie toute raison, un amour
[25:47] qui défie toute logique et toute
[25:50] tentative de justification
[25:53] parce que cet amour n'est rien d'autre
[25:55] que la force du vouloir vivre qui anime
[25:58] notre espèce et qui parce qu'il anime
[26:00] notre espèce
[26:02] anime les individus qui composent cette
[26:04] espèce.
[26:07] Trouver que ces enfants sont les plus
[26:10] beaux enfants du monde. Trouver que ces
[26:13] enfants sont plus intelligents ou plus
[26:17] avancés que la moyenne,
[26:19] c'est totalement normal.
[26:21] Ce qui serait anormal, ce serait d'avoir
[26:24] un point de vue objectif sur ses
[26:26] enfants.
[26:28] C'est le sketch de Dieu donné où il
[26:31] interprète un journaliste,
[26:33] à qui sa femme demande s'il aime ses
[26:35] enfants et à qui le journaliste répond
[26:39] "De grâce madame, restons objectif."
[26:43] C'est drôle parce que c'est absurde.
[26:46] Et entendez bien ce que je suis en train
[26:48] de dire.
[26:49] C'est la nonconformité
[26:51] à cette absurdité radicale que constitue
[26:55] l'amour du parent pour son enfant qui
[26:57] est absurde.
[27:00] Parce qu'aimer son enfant, ce n'est pas
[27:02] aimer quelqu'un qui mérite d'être aimé.
[27:06] Ce n'est pas aimer quelqu'un en raison
[27:08] de ses qualités, en raison de sa
[27:11] personnalité
[27:12] ou de son utilité.
[27:15] C'est aimer quelqu'un que nous sommes
[27:18] métaphysiquement programmés à aimer
[27:21] parce qu'il en va de notre accès à
[27:23] l'immortalité.
[27:27] Toute personne qui a des enfants sait à
[27:30] quel point c'est difficile d'élever des
[27:32] enfants.
[27:33] Les pleurs, les nuits blanches, le
[27:37] stress, les accidents.
[27:41] Quand un parent vous dit "Avoir des
[27:43] enfants c'est que du bonheur, sachez
[27:46] qu'il vous ment".
[27:48] Ou alors c'est pas lui qui a élevé ses
[27:50] enfants. Parce qu'avoir des enfants,
[27:53] c'est comprendre dans sa chair ce que
[27:56] signifie le mot sacrifice.
[27:59] On sacrifie son confort, on sacrifie son
[28:03] repos, sa vie sociale
[28:07] pour le bien-être d'un individu qui n'a
[28:10] rien fait pour le mériter.
[28:12] Bah oui, mais sauf que cet individu qui
[28:16] n'a rien fait pour mériter notre amour,
[28:20] c'est une partie de nous. Une partie de
[28:23] nous qui réclame des attentions, qui
[28:26] réclame de la protection,
[28:29] du temps, bref de l'amour.
[28:33] D'ailleurs, il y a une théorie que
[28:34] j'aime beaucoup qui pour le coup n'est
[28:36] pas de chopenhower mais qui est tout à
[28:38] fait compatible avec sa vision du monde
[28:41] qui consiste à dire, écoutez bien que ce
[28:45] n'est pas parce qu'on aime notre enfant
[28:48] qu'on se sacrifie pour lui.
[28:51] C'est parce qu'on se sacrifie pour lui
[28:54] qu'on l'aime.
[28:56] C'est ce qu'on appelle en psychologie le
[28:59] biais des coûts irrécupérables.
[29:02] On fournit des efforts, on souffre pour
[29:05] quelque chose ou pour quelqu'un,
[29:08] ça nous coûte.
[29:11] Résultat,
[29:12] on réhaut symboliquement
[29:15] la valeur qu'on accorde à ce quelque
[29:17] chose ou à ce quelqu'un.
[29:20] C'est l'exemple du film qu'on va voir au
[29:22] cinéma. Le film est nul mais bon, on a
[29:27] payé.
[29:28] Et parce qu'on a payé, on doit trouver
[29:32] une bonne raison d'avoir payé.
[29:35] La dépense doit avoir un sens. Elle doit
[29:38] avoir une contrepartie.
[29:41] Donc on se dira que tout bien considéré,
[29:45] le film n'était pas si nul que ça.
[29:49] Comme si notre cerveau se disait, je
[29:51] n'ai pas pu souffrir autant pour quelque
[29:54] chose qui n'en valait pas la peine.
[29:57] C'est la même chose avec les enfants.
[29:59] J'en ai bavé pour mon enfant. Je lui ai
[30:03] tout donné,
[30:04] j'ai tout fait pour lui.
[30:07] Comment pourrais-je accepter d'avoir
[30:09] fait tout ça ? si je ne l'aimais pas.
[30:13] Donc l'idée c'est que non seulement je
[30:15] [raclement de gorge] ne déteste pas
[30:17] celui pour qui je souffre mais au
[30:20] contraire j'aime celui pour qui je
[30:23] souffre précisément parce que j'ai
[30:26] accepté de souffrir pour lui.
[30:30] Donc le cerveau compense la souffrance
[30:33] par le renforcement de l'attachement
[30:36] pour donner du sens à la souffrance.
[30:40] Ce n'est pas un hasard si au moment de
[30:42] l'accouchement le cerveau de la mer
[30:44] produit de l'oytocine,
[30:47] l'hormone de l'attachement.
[30:49] Je souffre en même temps que je
[30:51] m'attache.
[30:53] Je m'attache parce que je souffre.
[30:58] En conclusion,
[31:00] aimer ses enfants n'est pas une
[31:02] obligation,
[31:04] c'est pire.
[31:06] C'est une programmation.
[31:09] une programmation du vouloir vivre qui
[31:13] agit en nous pour que la vie continue en
[31:18] dehors et après nous.
[31:22] Je cite
[31:25] la procréation de tel enfant déterminée.
[31:28] Voilà le but véritable quoi qu'ignorer
[31:30] des acteurs de tout roman d'amour. Les
[31:33] moyens et la façon d'y atteindre sont
[31:35] choses accessoires. J'entends d'ici les
[31:38] cris qu'arrache aux âmes élevées et
[31:40] sensibles et surtout aux âmes amoureuses
[31:43] le brutal réalisme de mes vues. Et
[31:46] cependant, l'erreur n'est pas de mon
[31:48] côté. La détermination des
[31:50] individualités de la génération future
[31:53] n'est-elle pas, en effet, une fin qui
[31:55] surpasse en valeur et en noblesse tous
[31:58] leurs sentiments transcendants et leurs
[32:00] bulles de savon immatériel ? peut-il y
[32:03] en avoir parmi les fins terrestres de
[32:05] plus hautes et de plus grandes ? C'est
[32:07] la seule qui répondent à la profondeur
[32:10] de l'amour passionné, au sérieux avec
[32:12] lequel il se présente, à la gravité
[32:15] attachée à toutes les vêtilles qui
[32:17] l'accompagnent ou le font naître.
[32:20] Admettons que tel est bien le vrai but.
[32:23] Alors seulement les longues difficultés,
[32:25] les efforts et les tourments auxquels on
[32:27] se soumet pour obtenir l'objet aimé nous
[32:30] paraissent en rapport avec l'importance
[32:32] du résultat. C'est en effet la
[32:35] génération future dans la détermination
[32:38] de tous ces individus qui tend à
[32:40] l'existence au travers de toutes ces
[32:42] menées et de toutes ces peines. Oui,
[32:45] c'est elle-même qui s'agite dans ce
[32:47] triage circonspect, précis et obstiné
[32:51] fait en vue de la satisfaction de
[32:53] l'instinct sexuel et que nous appelons
[32:55] l'amour. L'inclination croissante de
[32:58] deux amants, c'est déjà au fond le
[33:01] vouloir vivre du nouvel individu qu'ils
[33:04] peuvent et voudrait procréer. Et même
[33:07] dans cette rencontre de regard plein de
[33:09] désirs s'allume déjà sa prochaine
[33:11] existence. Elle s'annonce pour l'avenir
[33:14] comme une individualité harmonieuse et
[33:17] bien combinée. Ils sentent le désir de
[33:20] s'unir réellement, de se fondre en un
[33:22] être unique pour continuer à vivre
[33:25] seulement en lui. Et ce désir trouve sa
[33:28] satisfaction dans la procréation de
[33:30] l'enfant en qui leur qualité
[33:32] transmissible à tous deux se perpétu,
[33:35] confondu et uni en un seul être.
[33:39] La nature ne peut atteindre son but
[33:40] qu'en faisant être chez l'individu une
[33:43] certaine illusion à la faveur de
[33:45] laquelle il regarde comme un avantage
[33:47] personnel, ce qui en réalité n'en est un
[33:50] que pour l'espèce. Si bien que c'est
[33:53] pour l'espèce qu'il travaille quand il
[33:55] s'imagine travailler pour lui-même. Il
[33:57] ne fait alors que poursuivre une chimère
[34:00] qui voltige devant ses yeux, destinée à
[34:02] s'évanouir aussitôt après et qui tient
[34:05] lieu d'un motif réel. Cette illusion,
[34:09] c'est l'instinct. On croit que
[34:10] l'instinct est presque nul dans l'homme,
[34:13] sauf tout au plus au moment où nous, il
[34:16] cherche et saisit le sein de sa mère. En
[34:19] réalité, nous avons un instinct
[34:22] déterminé, très net et même très
[34:24] compliqué. Celui qui nous guide dans le
[34:27] choix si délicat, si sérieux et si
[34:30] opiniâtre d'un autre individu pour la
[34:33] satisfaction du besoin sexuel. Cette
[34:36] satisfaction en elle-même, en tant que
[34:38] jouissance physique reposant sur un
[34:41] besoin impérieux de l'individu n'a
[34:43] absolument rien à faire avec la beauté
[34:46] ou la laideur de l'autre individu.
[34:49] Cependant, cette recherche si ardente
[34:51] des avantages physiques et le choix si
[34:53] attentif qu'elle détermine ne dépend
[34:56] évidemment pas de l'individu même qui
[34:58] choisit comme celui-ci le croit, mais
[35:01] bien de la fin véritable de l'enfant à
[35:04] procré. qui doit reproduire le type de
[35:07] l'espèce aussi pure et aussi exacte que
[35:11] possible.
[35:14] Chez la plupart des mammifères,
[35:16] le temps d'éducation est relativement
[35:19] court.
[35:20] Un poulin se lève et marche quelques
[35:24] minutes seulement après sa naissance.
[35:28] Les lionceaux participent à la chasse au
[35:31] bout d'à peine quelques mois.
[35:34] Chez les humains, le temps d'acquisition
[35:37] de l'autonomie
[35:39] est démesurément long.
[35:42] Apprendre à marcher, apprendre à parler,
[35:46] devenir propre, s'instruire,
[35:50] travailler.
[35:52] Autant d'années pendant lesquelles
[35:53] l'enfant est une charge pour ses
[35:56] parents.
[35:58] Pourquoi ?
[36:01] une hypothèse.
[36:04] Si les enfants humains mettent aussi
[36:07] longtemps à devenir autonome,
[36:10] c'est parce que la nature nous a choisi
[36:14] pour devenir une espèce patiente
[36:19] pour apprendre l'abnégation,
[36:23] la compréhension,
[36:26] la sagesse.
[36:28] Devenir parent,
[36:30] c'est comprendre grâce à son enfant
[36:34] ce que signifie grandir,
[36:37] ce que signifie
[36:39] évoluer,
[36:41] ce que signifie être un humain.
[36:45] Devenir parent, c'est comprendre que si
[36:50] nous n'étions pas animés par cet amour
[36:53] pour nos enfants, par cet amour
[36:56] inconditionnel,
[36:58] absolu,
[37:00] cet amour qui nous fait supporter
[37:02] l'insupportable,
[37:05] l'espèce humaine n'aurait pas survécu.
[37:09] Si l'amour est une illusion,
[37:12] si l'amour est le stratagème de la
[37:14] nature pour garantir la perpétuation de
[37:18] la vie,
[37:20] alors une chose est sûre,
[37:23] l'illusion
[37:25] sauvera le monde.
[37:27] Je vous remercie.
[37:30] [musique]
